Les suppositions, poisons de la relation

Souvent, au début d’une médiation, je demande aux personnes ce qui, dans le comportement de l’autre, les mettent hors d’elles. Presque toujours, la réponse est : les suppositions, les prêts d’intention. Les deux autres gagnants de ce petit jeu sont les jugements, sous toutes leurs formes, et les pressions exercées pour que l’autre change d’avis. Mais revenons aux suppositions.

Je suppose, ou je prête une intention à l’autre lorsque 

je sais mieux que lui (ou elle) ce qu’il pense, ce qu’il a derrière la tête, pourquoi il se comporte ainsi… c’est « il ne m’aime pas », « il ne considère pas ce que je dis », « elle fait cela pour me nuire », "il me mène en bateau",  « je la connais par cœur » « s’il fait cela, c’est qu’il considère que je ne suis pas à la hauteur »… On peut en faire des kilomètres, nous sommes habitués à fonctionner ainsi.`

 

Et c’est bien dommage, car cela rend fou :

 

Celui a qui on prête des intentions tout d’abord, il se retrouve enfermé dans l’idée que l’autre se fait de lui, il se sent incompris et bafoué sans moyen d’exprimer ce qui se passe vraiment pour lui. La certitude de l’autre l’enferme dans une situation de totale incommunicabilité, comme le cancrelat de Kafka.

Celui qui prête des intentions n’est pas mieux logé : Il se fait un film, prend pour lui l’attitude de l’autre, lui en veut et crée tout seul un geyser émotionnel qui l’empoisonne. Tout en ayant la certitude qu’il a raison. Et si l'autre tente de lui expliquer qu'il se trompe, il le soupçonne de mentir!

 

Notre mental a horreur de ne pas comprendre, donc devant une attitude qui le fait souffrir, il trouve une raison qui lui paraît plausible. Comme un journaliste qui exploite une phrase en dehors de son contexte, notre cerveau est incapable de saisir consciemment  l’ensemble des informations à un instant t. Donc il sélectionne celles qui correspondent à ce qu’il sait déjà, à ce qui renforce sa vision du monde, ou de l’autre, et se raconte une histoire, à laquelle il croit dur comme fer . 

Ce qui veut dire que nous interprétons en permanence ce que nos 5 sens nous envoient comme information, nous les recevons à travers nos filtres. Et lorsque nous supposons ce que pense l’autre et quelles sont ses motivations, nous nous racontons une histoire à partir des quelques indices que nous avons inconsciemment sélectionnés, histoire qui, très souvent est très éloignée de la réalité de l’autre.

 

Qui plus est, en faisant des suppositions et des prêts d’intention, non seulement nous nous rendons malheureux, mais nous réduisons aussi terriblement la relation à ce que nous connaissons déjà ! Nous n’apprenons pas de l’autre, puisque nous savons déjà ! Nous ne le laissons pas nous surprendre! Et nous finissons par trouver la relation, non seulement douloureuse, mais en plus ennuyeuse.

 

Alors comment en sortir ? Apparemment simple comme bonjour : en posant des questions, directement. En demandant à l’autre quelles sont ses intentions, ce qu’il pense, pourquoi il fait cela, en lui demandant ce qui se passe pour lui, là, en ce moment. C’est cela, la question magique : qu’est ce qu’il se passe pour toi, là ? (sans supposer bien sûr que l'autre vous ment..!)

 

Poser des questions ouvre à une vraie communication, une vraie relation : on ne sait pas d’avance, on prend le risque de découvrir, on est prêt à être surpris, décontenancé, à s’être trompé…

Cela a l’air simple, mais en fait, c’est difficile à mettre en œuvre, car il nous faut non seulement retourner une habitude bien ancrée mais encore négocier avec notre égo : Celui ci en effet a besoin de comprendre, préfère le connu, adore avoir raison, reproduit ce qu’il sait déjà, déteste admettre qu’il s’est trompé. Et il se sent très inconfortable à l’idée d’être remis en cause dans sa croyance, notamment celle qu’il a sur les intentions de l’autre.

 

Donc, plus notre ego est serré, ce qui est le cas lorsque nous sommes en conflit, plus c’est difficile. Il vaut donc mieux s’entraîner en période calme et observer toutes les fois (plusieurs par jour !) où nous nous apprêtons à supposer. Et décider de poser la question.

Petit pas, mais une assurance d’enrichir la relation , quelle qu’elle soit, et de diminuer l’émission de poison émotionnel !

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Commentaires : 2
  • #1

    Fabiola (jeudi, 27 avril 2017 16:46)

    Très bien écrit, Hélène!

  • #2

    MARX (mardi, 02 mai 2017 11:39)

    Cà donne envie d'essayer, MERCI.........


    Marthe