l'amour se mérite t-il?

Non ! allons nous répondre rapidement, quand on aime, on aime… force est pourtant de constater que, le plus souvent, nous mettons beaucoup de conditions pour réussir à aimer l’autre : qu’il (elle) nous porte la considération et de l’attention auxquelles nous estimons avoir droit, qu’il(elle) soit de bonne humeur, bienveillant(e), qu’il (elle)  respecte ses engagements ou supposés tels, qu’il(elle) soit présent(e), intéressant(e),  qu’il (elle) nous sécurise, qu’il (elle) nous nourrisse, qu’il(elle) nous fasse du bien , qu’il(elle) corresponde à la conviction que j’ai de qui lui (elle), notre couple, notre famille doit être, qu’il(elle) nous aime …, nous posons des milliers d’attentes qui, à force d’être déçues, créent du ressentiment. 

A un moment, on se dit qu’on aime l’autre, qu’on voudrait trouver une solution, puis, devant l’absence d’issue, on finit par se dire qu’on ne peut aimer une personne avec qui il est aussi difficile et stérile de vivre, on ne voit alors pas d’autre solution qu’aimer de loin parce que cela fait moins mal, décision qui le plus souvent déclenche un cataclysme qui fait basculer la relation dans la guerre.

Nous posons toutes ces attentes par inconscience : nous nous imaginons que ce sont les dires et le comportement de l’autre qui détermine notre état intérieur.

En conséquence, nous lui demandons d’être, de se comporter de telle façon que notre état intérieur soit agréable à vivre.. c’est ne pas voir au delà des apparences.

 

 Il est urgent de prendre conscience que ce n’est pas le comportement de l’autre qui pose un problème, mais ma réaction à son comportement. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer que notre voisin/voisine réagit d’une façon différente à la nôtre dans une même situation, n’est pas blessé(e) par les mêmes circonstances (même si nous avons souvent besoin d’aller vérifier auprès et de convaincre l’entourage que le comportement de l’autre est inadmissible). Ce qui me fait souffrir, c’est la façon dont je réagis, moi, à tel propos, tel comportement, tel apparent manque de considération…réaction qui n’est que la signature de vielles empreintes émotionnelles et de croyances erronées, qui nous appartiennent à nous et qui n’ont rien à voir avec l’autre.

 

Une fois cette prise de conscience faite, le prochain pas est de se guérir, soi, et surtout pas d’aller expliquer à l’autre qu’il a besoin de le faire. Et comme ce chemin de guérison peut prendre quelques temps, l’enjeu  est de  trouver et de soutenir l’énergie et la volonté nécessaire pour, dans l’intervalle,  « libérer » l’autre de nos reproches, de la manifestation de notre insatisfaction, de notre ressentiment, du ressassement de tout ce qu’il fait ou dit et qui ne nous convient pas. Chacun pose son regard sur soi  – dans le but de se connaître et de traverser la souffrance née de ses réactions au comportement de l’autre – et le détourne de l’autre : contrairement aux apparences, c’est alors de l’amour en action.

 

 

Ce n’est qu’une fois guéries (ou presque), que les personnes en relation pourront détourner leur regard d’elles mêmes et de leur blessures (qui ne demanderont  plus d’attention consciente ou inconsciente) pour poser sur l’autre un vrai regard disponible et aimant et décider de continuer, ou non (mais alors sereinement), la route ensemble.

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Commentaires: 12
  • #1

    Catherine Emprin (jeudi, 19 juin 2014 18:43)

    C est vachement bien Hélène
    Bises
    Cath

  • #2

    catherine duboc (jeudi, 19 juin 2014 22:52)

    je suis d'accord c'est vachement bien je t'embrasse catherine

  • #3

    Brian Mitchell (vendredi, 20 juin 2014 09:10)

    Très belle synthèse Hélène...."amen" sur toute la ligne. Cordialement

  • #4

    Aude S. (vendredi, 20 juin 2014 12:42)

    J'ai apprécié cette lecture, c'est clair et très utile, merci, Bise, Aude

  • #5

    Alice Biais-Bélard (vendredi, 20 juin 2014 20:24)

    bien ... mais je ne suis toutefois pas tout à fait d'accord.Au bout de 2, 10 ou 36 ans de mariage, certes c'est nous (moi) qui peut mal réagir au comportement de l'Autre car l'Autre , parfois, n'est tout simplement plus l'homme ou la femme que l'on a choisi... de part, le travail, la vie stressante, les enfants, la belle famille, etc, autant "d'éléments" non présents au début... et si parfois on réagit mal, si on est agacé(e), blessé(e), je pense , au contraire, qu'il faut en parler, il faut poser le problème, certes le plus calmement possible, même s'il n'est pas toujours facile de trouver le moment opportun !... .La vie de couple n'est pas un long fleuve tranquille, l'amour est nécessaire mais pas suffisant pour mener un couple à la réussite... il faut, se poser, parler, dire ses contrariétés, ses soucis, ses joies (celles-là se voient !!!), l'Autre n'est pas un ennemi, ni un étranger, il faut juste retrouver l'attention et la complicité du début (car l'amour est toujours là, il est juste étouffé par 1000 et une petites" broutilles" envahissantes et enchevêtrées), et cela ne peut se faire que dans l'échange et le dialogue ( fussent-ils houleux et un rien traumatisants). On crie bien parfois(souvent) après nos enfants, on les punie, les gronde, on les enverrait volontiers dans la stratosphère... à aucun moment on ne les "désaime", à aucun moment on divorcerait d'eux...l'amour est là.
    A part cela, Hélène, j'ai bien apprécié ton analyse !

  • #6

    Ombeline Becker (lundi, 23 juin 2014 12:46)

    "Il est urgent de prendre conscience que ce n’est pas le comportement de l’autre qui pose un problème, mais ma réaction à son comportement."
    Oh que oui ! Et votre article peut s'étendre à toute relation humaine... Nous projetons tellement sur l'autre. Merci.
    Ombeline
    Ressource #1 des familles recomposées.

  • #7

    Jean-Côme Renaudin (lundi, 14 juillet 2014 08:46)

    Merci pour cet article très intéressant. Je partage ton point de vue. Avec une condition importante : avoir intégré un minimum les lois relationnelles afin de ne pas, sous prétexte de se remettre en cause avant tout, laisser à l'autre la possibilité de faire n'importe quoi. S'interroger avant tout sur l'impact qu'à chez moi le comportement de l'autre est ok, mais à l'intérieur d'un cadre (celui des lois relationnelles) qui interdit à l'autre de transgresser ces lois pour continuer par exemple à exercer sa toute puissance.

  • #8

    Hélène Mélikov (mardi, 22 juillet 2014 10:01)

    Merci Jean-Côme pour cette précision, je suis d'accord, et je rajouterai que cette attention bienveillante à ce qui a besoin d'être entendu et travervé à l'intérieur de nous, ne doit pas nous empêcher d'être clairs sur le typre de relations que nous voulons entretenir.

  • #9

    Carolina Laffon (jeudi, 23 octobre 2014 19:08)

    j'aime ce point de vue!
    Merci!
    Carolina

  • #10

    merci (vendredi, 16 janvier 2015 16:17)

    fichier exel

  • #11

    amour (vendredi, 16 janvier 2015 16:24)

    je valide

  • #12

    lucidité (samedi, 12 septembre 2015 18:08)

    Très beau texte, mais je suis d'accord avec Jean Côme
    Je ne suis pas d'accord de toujours se rejeter la responsabilité, ni d'office entièrement
    Parfois c'est bien le comportement de l'autre qui peut poser problème.
    Lorsqu'il/elle manque de respect à l'autre, ou ne respecte pas sa parole, ses engagements ou y met des conditions pour vous tenir, ce n'est pas de l'amour libre, mais une recherche de pouvoir.
    Dans les violences conjugales, les victimes ont souvent déjà trop tendance à se sentir coupable, même si elles ont aussi d'un côté une part de responsabilité si ça se prolonge, le comportement du partenaire violent doit être remis en cause.